L'impeachment, l'aubaine de Donald Trump ?

Donald Trump a fustigé la procédure d’impeachment lors d’une conférence de presse du mercredi 13 Novembre. « Hoax« , « witch hunt« , le président américain dénonce une diffamation venue d’un « whistle blower« .

Il était aux côtés du président turque Recep Tayyip Erdogan pour parler de la situation au Moyen-Orient. Interrogé soudainement par une journaliste au sujet du début des auditions de la procédure d’impeachment [qui commençaient le même jour], le président américain a dénoncé l’ensemble de l’affaire comme une supercherie. « Imposture« , « pas autorisé« , « joke« , « informations de dernière main« … Les mots ne lui ont pas manqué pour décrédibiliser la procédure qui vise à sa destitution de la présidence. En cause, des soupçons de corruption avec le président ukrainien, Volodymyr Zelenzky. Selon lui, les échanges avec ce dernier étaient « parfaits« . De quoi désarçonner les Démocrates, qui misent très gros sur cette procédure.

 

Deux Amériques qui ne se parlent plus

 

L’impeachment, au-delà d’être une procédure judiciaire, est devenue une question polarisatrice. Selon Laurence Nardon, directrice de l’IFRI (Institut français des relations internationales), tout un clivage s’est articulé autour de l’impeachment. Les Républicains et les Démocrates se distinguent alors en fonction de leur opinion sur ce sujet, qui est d’ailleurs à l’initiative d’une ténor du parti SocDem, Nancy Pelosi. Mais les choses vont « plus loin » selon la spécialiste. Selon elle, le phénomène serait amplifié par le fait que les individus écoutent généralement les médias qui les « confortent dans leurs idées« . Et en effet, c’est une donnée importante à prendre en compte lorsque l’on sait que le bipartisme pousse les américains à devoir trancher. L’Amérique est donc divisée en deux, avec des américains qui « ne se parlent plus, et ne s’écoutent plus également« .

Des partis muselés

 

Évidemment, une telle polarisation autour de cette question s’explique également par la conjoncture partisane américaine. En effet, Républicains et Démocrates sont deux partis fragilisés, mais de manières différentes. Des professeurs américains de science politique interrogés par la Revue de politique américaine nous expliquent.

Pour Zachary Courser de l’université de McKenna, Donald Trump ne serait pas tout seul au sein de son parti. Enfaite, son inflexibilité l’a placé comme leader officieux du parti, rendant l’allégeance des autres membres quasi obligatoire pour ne pas être isolé. Le parti Républicain est alors fragilisé dans ses figures représentatives intérieures au parti, rendant Donald Trump invincible et incontournable.

La situation est différente chez les Démocrates. Pour Andrew Rudalevige du Bowdoin College du Maine, le parti est à son niveau « le plus faible depuis 1920« . C’est un élément de réponse à la forte propension du parti à la polarisation autours de questions comme l’impeachment. Là encore, on observe un phénomène d’allégeance, mais pas autour d’un élu comme chez les Républicains, mais autour d’un événement. C’est ce qui explique pourquoi tous les Démocrates soutiennent l’impeachment, nous explique Andrew Rudalevige : « toute concession à l’opposition entraîne d’importants coûts politiques« . Autrement dit, un élu démocrate à beaucoup à perdre s’il cède aux positions de l’adversaire.

 

Une aubaine pour un populiste ? 

 

Finalement, le piège n’est-il pas voué à se refermer sur les Démocrates ? C’est ce que pensent plusieurs experts dont Laurence Nardon. En effet, le côté « seul contre tous », « victime d’attaques de l’establishment démocrate » permet à Trump de réchauffer certaines rhétoriques de campagne de 2016. À cette époque, il se présentait comme le candidat cible des médias, pourfendeurs de fake news. On ne compte d’ailleurs plus le nombre de fois où il a accusé de sa formule fétiche devenue culte. Pour sa deuxième campagne, assistera-t-on à Donald Trump « candidat cible des Démocrates pourfendeurs de fake news » ? Tout le laisse présager. Une chose est sûre, c’est que l’impeachment ne servira soit à rien, soit constituera une grosse erreur stratégique pour les Démocrates. 

Partagez l'article via

Partager sur facebook
Facebook
Partager sur twitter
Twitter
Partager sur linkedin
LinkedIn
Partager sur pinterest
Pinterest
Partager sur whatsapp
WhatsApp
Partager sur email
Email

À lire également...

© 2020 - Regard du Politiste | Tous droits réservés.