Emmanuel Macron pour The Economist : Celui qui se rêve en Capitaine Europa

The Economist a publié hier, Jeudi 7 Novembre, un interview exclusif d’Emmanuel Macron, dans lequel le Président se positionne en lanceur d’alerte sur l’avenir de l’Europe.

L’interview a eu lieu dans la salle dorée de l’Élysée. Emmanuel Macron, à la posture décontractée sur la couverture de l’hebdomadaire britannique, a dressé un constat de la situation où se trouve l’Europe aujourd’hui. Il attirera l’attention avec des propos forts sur l’OTAN « en état de mort cérébrale« . En cause, la politique extérieure de Donald Trump, à qui le Président reproche de faire cavalier seul sur des questions stratégiques. Il alarmera également sur le possible risque que les jihadistes de Syrie « s’échappent en Europe » à la suite de la démobilisation des troupes Américaines. La menace terroriste n’est pas la seule menace à laquelle l’Europe fait face. Emmanuel Macron s’exprimera sur le Brexit, un drame européen « inimaginable il y a 5 ans« . L’Europe « qui trouve autant de difficulté à avancer » selon lui, se trouve « au bord du précipice » qui la fera « disparaître géopolitiquement« , face à l’avancée de la Chine, également pointée du doigt par le Président.

 

Un moment stratégique

 

À la veille du 30ème anniversaire de la chute du mur de Berlin, Emmanuel Macron profite d’un contexte international incertain pour donner un coup de poing sur la table. La Chine met actuellement en œuvre une politique impérialiste ambitieuse, à la recherche de leadership dans un espace européen fagilisé, à en croire l’analyse de Jean-Pierre Cabestan. Au même moment, Donald Trump fait le choix du America First comme grand strategy. Selon Robert Art, professeur de Relations Internationales et chercheur au MIT, la grand strategy correspond à l’ensemble des objectifs qu’un État va poursuivre. Mais il ira plus loin, en précisant qu’il (l’État) va principalement se concentrer sur l’instrument militaire pour y parvenir. Finalement, l’équilibre international est dans un schéma presque bipolaire, où États-Unis et Chine poursuivent des ambitions de toutes parts impérialistes.

 

La défense des intérêts de Donald Trump

 

En effet, la stratégie de défense de Donald Trump est claire sur le sujet. Présentée dans le National Security Strategy (NSS), document publié le 18 Décembre 2017, on peut notamment lire, au sujet de l’Europe « l’instabilité et la faiblesse de la gouvernance menacent les intérêts américains« . Ce document accuse également la Chine et la Russie de « bâtir des forces militaires destinées à dénier à l’Amérique un accès aux zones commerciales critiques en temps de crise ». Il semblerait alors que ces deux pays organiseraient des « campagnes politiques, économiques et militaires sophistiquées combinant des actions discrètes (…) calculées pour obtenir un maximum d’effet sans provoquer une réponse militaire directe de la part des États-Unis » . La stratégie Américaine est ainsi une tentative de maintien du leadership par le repli stratégique.

 

La course à l’impérialisme chinois

 

Du côté de Pékin, on observe une stratégie différente. Selon Olivier Jadecc, la Chine aurait mit en œuvre une politique de dialogue avec l’OTAN. Elle s’est notamment engagée dans des actions militaires en Afghanistan aux côtés de Berlin, Paris et Londres. Sur les questions économiques, l’Europe s’est récemment trouvée désarmée face au nouveau statut d’économie de marché accordé à la Chine en 2016. Longtemps refusé pour des motifs tels qu’« une trop large influence du gouvernement chinois sur l’économie« , ou encore « des déficiences importantes du système juridique », ce statut avait été promit après 15 ans d’ancienneté au sein de l’OMC. Ce nouveau statut rend désormais l’Europe plus vulnérable aux ambitions économiques chinoises.

 

Make Europe Great Again 

 

Face à une telle instabilité de l’équilibre international, Emmanuel Macron alarme. Néanmoins, on peut suggérer qu’il tente de jouer sur l’autonomie des sociétés, caractéristique propre aux sociétés Européennes. Pour Arnaud Leconte, cela se traduit par le fait que l’indépendance entre le pouvoir et le peuple repose sur 3 pilliers. Il explique que la « possibilité d’avoir un monde politique capable de s’auto-déterminer », « d’avoir un droit positif qui découle de droits donnés aux individus pour leur seule existence », et enfin la « capacité à réaliser son propre avenir » est une croyance très ancienne en Europe. L’interview de Macron est ainsi un appel adressé aux peuples européens, pour qu’ils fassent le choix d’une Europe qui se veut nouvelle tout en portant des valeurs anciennes.

 

Une quête de leadership ?

 

C’est indéniable. La défiance qui traverse les sociétés européennes envers leurs représentants et leurs institutions donne à Macron l’ambition de redonner « envie ». Un défi de taille, car Emmanuel Macron mise grandement sur son image et son regard critique. En donnant une « masterclass » à l’hebdomadaire anglais, il construit son image à l’international. On se rappelle de Jacinda Ardern, qui, après les attentats de Christchurch, avait organisée une tournée mondiale contre la haine sur internet. Ici, Emmanuel Macron capitalise sur la symbolique de l’interview : le président au regard critique, qui confie une analyse de technocrate à un hebdomadaire prestigieux. On peut aussi évoquer la symbolique véhiculée par son discours : en lançant l’alerte sur une Europe qui s’effondre lentement, il façonne son image de sauveur, de Capitaine Europa.

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