Covid-19 et élections municipales, l’anomalie démocratique : ces maires désavoués qui gèrent la crise

La quasi simultanéité entre les élections municipales et le début de la crise sanitaire liée au Covid-19 ont entraîné une situation inédite sous la 5ème République : l’impossibilité pour les nouveaux conseils municipaux de s’installer. Retour sur cette anomalie démocratique.

 

Un premier tour polémique

 

Le lundi 9 mars 2020, l’Italie rentre officiellement en confinement dans les régions les plus touchées, et l’inquiétude grandit dans toute l’Europe face à la crise sanitaire provoquée par le Covid-19. En France, le nombre de cas augmente, les rassemblement de plus de 1000 personnes sont interdits et la perspective d’un confinement prend de l’ampleur. Trois jours plus tard, Emmanuel Macron annonce la fermeture des crèches, écoles, collèges, lycées et universités à la télévision. Pourtant, il confirme la tenue du 1er tour des élections municipales prévues le dimanche suivant.

Dans les jours qui suivent, le hashtag #JeNIraiPasVoter apparaît, et les voix contestataires s’élèvent à droite comme à gauche. Qui plus est, la fermeture de tous les lieux publics « non-indispensables » est décrétée pour le samedi 14 mars à minuit. Malgré la pression, le premier tour se fera.

Le chef de l’Etat s’est justifié le dimanche 15 mars, en déclarant au Point « assumer totalement » le maintien du premier tour des élections Municipales : « Si le Conseil scientifique m’avait dit que les maintenir mettrait la santé des Français en danger, je ne les aurais pas maintenues ».

 

Une situation inédite

 

Dans un scrutin marqué par une abstention record, de 20 points supérieure à celle de 2014, et de nombreux recours, plus de 30 000 communes élisent leur future majorité municipale avec au moins 50% des voix.

Seulement, le second tour ne peut avoir lieu : le confinement total est effectif à partir du mardi 17 mars. L’installation des plus de 30 000 maires élus au premier tour est impossible, puisqu’il est requis la convocation d’un conseil municipal incompatible avec les règles sanitaires.

Les conséquences institutionnelles sont inédites : pendant plus de 2 mois, la crise du Covid-19 sera gérée dans certaines communes par des maires battus très largement. Jamais une telle situation ne s’est présentée sous la 5ème République.

 

Une situation « ubuesque » ?

 

Illustration à Ballan-Miré (Indre-Et-Loire), où le maire sortant Alexandre CHAS n’a recueilli que 35,94% des votes face à Thierry CHAILLOUX élu avec 54,87% des suffrages. Monsieur CHAS, dans un entretien téléphonique le 3 avril dernier diffusé aux ballanais, déclarait : « A ce jour, je demeure le seul décideur de l’ensemble des décisions et orientations prises par la commune pour venir en aide aux ballanais. Il ne faut pas oublier qu’en l’absence d’élection par le conseil municipal, Thierry Chailloux n’est aujourd’hui que le numéro 1 de la liste arrivée en tête du scrutin, et n’a donc aucune prérogative réglementaire, même si, par respect, je le tiens régulièrement informé du déroulement des opérations. »

Il conclut sèchement sur cette situation qu’il qualifie volontiers comme « ubuesque » : « Ceux qui ont été désavoués par une partie toute relative de la population sont toujours ceux qui président à la défense et la préservation de nos concitoyens dans un épisode des plus difficiles de notre Histoire. Et tout cela, pour redonner gentiment les « clés d’une maison » bien propre et rangée à celles et ceux qui, bien que désignés par le suffrage électoral, n’auront eu aucune responsabilité en ces temps complexes et troublés. »

 

Une correction prochaine

 

Bien conscient de l’importance que revêt l’installation des nouveaux conseils municipaux, Edouard Philippe a déclaré le 4 mai devant le Sénat : “J’ai demandé un rapport au conseil scientifique sans attendre la date annoncée du 23 mai pour savoir si l’installation de conseils municipaux est possible dans les communes où en général on ne compte pas plus de 15 membres”.

La fin de cette anomalie démocratique approche donc, puisque ”par un décret publié au journal officiel le 15 mai 2020, les nouveaux élus municipaux entreront en fonction lundi 18 mai. Un conseil municipal doit se tenir entre 5 et 10 jours après leur date d’installation, soit entre le 23 et le 28 mai. Au cours de cette réunion, le maire et ses adjoints sont élus.” Plus de deux mois après, l’épilogue de ces élections municipales mouvementées pour la majorité des communes françaises est proche.

Pour les près de 5000 communes où l’organisation d’un second tour est nécessaire, le gouvernement envisage la date du 28 juin selon BFM TV, sous réserve d’un avis positif du conseil scientifique qui sera rendu d’ici le 23 mai. Pour rappel, selon le Conseil d’État, un scrutin à l’automne, six mois après le premier tour du 15 mars, obligera à refaire l’élection complète.

 

Une organisation délicate

 

Pour se conformer aux règles sanitaires, de nombreuses communes vont devoir troquer leur traditionnelle salle du conseil municipal pour une salle polyvalente plus grande. Pas de conseil municipal dehors néanmoins, comme cela avait été envisagé pendant un temps.

Le public autorisé ?  Là aussi, la réponse sera locale mais l’interdiction ne sera pas systématique. Certains citoyens pourront y assister à condition que la salle choisie soit assez grande. Les retransmissions en direct seront tout de même privilégiées.

Les images de ces premiers conseils seront historiques, tout comme le contexte dans lequel ces élus auront été mis en place. Pour une fois, la signification politique de ces élections municipales semble avoir été reléguée au second plan.

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